
Direction le centre de Lille, à seulement quelques pas de la Grand’Place ! Aujourd’hui, le Palais Rihour est on ne peut plus discret. Pourtant, ce qu’on admire de lui est la partie survivante d’une immense bâtisse construite il y a près de six siècles, et qui a brûlé à trois reprises. On vous raconte l’histoire folle, et enflammée, de ce palais maudit dont les premières pierres ont été posées en 1453.
1700 et 1756 : deux incendies lillois en un demi-siècle
Au XVe siècle, Lille appartient aux États bourguignons et Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Celui-ci souhaite disposer d’une résidence digne de sa puissante cour, dans la ville. Il lance alors la construction d’une demeure beaucoup plus vaste près de la Grand’Place, au cœur de la vie économique lilloise. Dites vous que l’ensemble occupait pratiquement toute l’actuelle place Rihour ! Organisé autour d’une cour, ce palais possédait une chapelle, un oratoire, une salle des gardes et un monumental escalier d’honneur. Un beau bébé. D’ailleurs, les travaux ne seront achevés qu’en 1473, sous le règne du fils de Philippe le Bon, Charles le Téméraire. Ironie de l’histoire, notre cher Philippe n’aura finalement pas beaucoup profité de son palais. Un palais qui a très vite accueilli des grands noms, dont Charles Quint. Louis XIV y dînera même en 1670.

Progressivement, la résidence des ducs devient le centre de la vie municipale de Lille. C’est sous ce nouveau titre que le palais va connaître une suite d’existence des plus mouvementées. La nuit du 17 novembre 1700, on y joue Médée, l’opéra de Marc-Antoine Charpentier. La représentation utilise des effets pyrotechniques, vous imaginez la suite… Une fois le rideau tombé, le feu endommage une bonne partie du palais. Logique, des travaux sont entrepris, surtout en 1733. Cela n’empêche pas le second incendie de se produire, 56 ans après le premier. Cette fois, aucune source sûre n’en explique la cause. Une chose est sûre : les transformations et réparations successives commencent à profondément modifier le palais médiéval. Au fil du temps, sa structure se dégrade et son apparence s’éloigne de la résidence bourguignonne du XVe siècle.
Au XIXe siècle, la municipalité finit par prendre une décision radicale : une grande partie de l’ancien palais est démolie. Un nouvel hôtel de ville est édifié à partir des années 1840, tout en conservant plusieurs éléments précieux de l’édifice médiéval, comme la chapelle, la salle des gardes et l’escalier monumental.
1916 : l’incendie de trop

Malheureusement, l’histoire du Palais Rihour ne s’arrête pas là, et il aurait pu connaître le coup de grâce durant la Première Guerre mondiale. Lille est à ce moment occupée par l’armée allemande lorsque, dans la nuit du 23 avril 1916, un incendie accidentel se déclare dans l’hôtel de ville installé au Palais Rihour. Les dégâts sont considérables, et l’incendie atteint également des collections municipales. Une partie de la bibliothèque et des archives disparaît dans le sinistre. Mais le plus fou, c’est que certaines parties les plus anciennes résistent ! Néanmoins, après la guerre, l’administration municipale quitte définitivement les lieux et le nouvel hôtel de ville de Lille s’installera quartier Saint-Sauveur.
Le Palais Rihour aujourd’hui : survivant
Vous savez maintenant pourquoi le Palais Rihour actuel paraît si petit ! Fort heureusement, les éléments préservés comptent parmi les derniers témoins de l’architecture gothique du XVe siècle à Lille. Vous pouvez donc toujours y admirer l’ancienne salle des gardes, la chapelle devenue « salle du Conclave » et le magnifique escalier d’honneur. Ce lieu est l’un des seuls témoins de ce qu’était Lille à l’époque des ducs de Bourgogne. Et pour boucler la boucle, certains l’auront deviné : c’est bien au rez-de-chaussée que se trouve l’Office de Tourisme de Lille. La visite du Palais Rihour étant totalement gratuite, loin de son passé enflammé !

Photo à la une : Palais Rihour au centre de Lille devenu Office de Tourisme