À Montmartre, cette joyeuse exposition célèbre le cirque et ses révolutions dans l’art moderne

Clown, écuyer, trapéziste, acrobate, funambule… Au musée de Montmartre, tout le joli monde circassien participe à la « fabrique de l’art moderne » au tournant du XXe siècle. C’est sous le chapiteau que les peintres et sculpteurs de la Butte ont puisé leur inspiration, trouvant dans l’extravagance du cirque un terrain d’expérimentation de nouvelles formes plastiques. Ainsi, jusqu’au 14 février 2027, l’exposition nous fait entrer sur la piste durant près d’un siècle à travers le regard de Toulouse-Lautrec, Chagall, Picasso ou Laurencin.

L’intrusion du cirque dans le paysage moderne

Le cirque, une « fabrique de l’art moderne » ? C’est le spectacle promis par l’exposition du musée de Montmartre, qui s’ouvre sur des rideaux rouges et une citation tirée du Peintre de la Vie moderne de Charles Baudelaire, où le poète célèbre la « curiosité profonde » des enfants devant le « nouveau quel qu’il soit, visage ou paysage, lumière, dorure, couleurs, étoffes chatoyantes ». Le cirque incarne, en un sens, cet univers du merveilleux et de l’étrange, dans lequel le public met sa raison de côté pour se laisser surprendre par une série de personnages, animaux et créatures en tout genre.

Marc Chagall, Esquisse pour Le Grand Cirque, vers 1956, pastel, 44,5 x 65,5 cm, coll. part. © Archives Marc & Ida Chagall – Paris, ADAGP, 2026

Bon nombre de peintres modernes y ont puisé leur inspiration au tournant du XXe siècle, à une époque friande des trucages, expériences paranormales et phénomènes de foire. En 1873, l’installation sur le boulevard Rochechouart du Cirque Fernando, fondé par l’écuyer Ferdinand Beert, va attirer tous les artistes de la butte Montmartre. À travers des affiches, maquette et tableaux, l’exposition montre de quelle manière ces spectateurs de la première heure vont contribuer à la renommée des spectacles circassiens. C’est notamment le cas du peintre Joseph Faverot avec sa série de toiles représentant le clown Geronimo Medrano, dit « Boum-Boum », célèbre figure parisienne qui donnera plus tard son nom au Cirque Fernando.

Un jeu sur le rythme, les formes et les couleurs

Une fois avoir traversé cette histoire du cirque montmartrois, on entre dans cette fameuse « fabrique » des artistes modernes… Et quelle joie ! Au fil du parcours, on croisera la petite écuyère de Pierre Bonnard défiant les lois de la pesanteur ou celle plus érotique de Marc Chagall sautant avec frénésie sur son cheval. Ibels joue quant à lui sur les cadrages et les couleurs des artistes hors de la piste, tandis que Marie Laurencin nous met face à une immense funambule semblant en parfait équilibre !

Fernand Léger, Le Cirque Médrano, 1918, huile sur toile, 58 x 94,5 x 9,3 cm, Centre Pompidou, Paris Musée national d’art moderne _ Centre de création industrielle. © Centre Pompidou

Les plus radicaux quittent le naturalisme pour créer de nouvelles dynamiques entre les formes et les couleurs. Avec ses collages de papiers colorés, Henri Matisse découpe un avaleur de sabres tout blanc en le faisant surgir d’un grand carré violet. Fernand Léger explore une plastique tubiste en jouant sur la géométrie circulaire d’un chapiteau, en rupture avec la vie rectiligne des villes : « Allez au cirque. Rien n’est plus rond que le cirque. […] La piste domine, commande, absorbe. »

Le saltimbanque, joyeux ou mélancolique

En parcourant l’exposition, la figure du saltimbanque prend diverses couleurs. Il est en premier lieu multiple : tantôt clown, acrobate, écuyer ou funambule, à l’image de la trapéziste Miss Lala capable de soulever ses camarades par la force de sa mâchoire, ou du célèbre trio des frères Fratellini dont quelques costumes extravagants sont présentés dans le parcours. À première vue, le saltimbanque est donc un personnage euphorique, déluré et polisson, qui amuse la galerie.

Pablo Picasso, Le Fou, 1905, bronze, 41,5 x 36,5 x 22 cm, Fondation Pierre Gianadda Martigny © Heinz Preisig

Mais le parcours dévoile un tout autre aspect de cette figure circassienne. Chez Henri de Toulouse-Lautrec, la clownesse Cha-U-Kao est représentée à l’écart d’une soirée costumée, l’air désabusé. Sa posture lourde et désinvolte laisse percevoir une profonde mélancolie… à l’opposé du personnage comique qu’elle interprète sur la piste ! De même, Pablo Picasso prend le saltimbanque comme sujet central de sa période rose pour illustrer l’envers du décor : la condition des artistes souffrant de la pauvreté et de la famine. Ainsi, au fil du parcours, les figures du cirque se dotent d’une certaine ambivalence, qui fait écho à la dualité d’une vie partagée entre la piste et la contre-piste.

Le cirque. Fabrique de l’art moderne
Lieu : Musée de Montmartre, 12 rue Cortot, 75018 Paris
Dates : Jusqu’au 14 février 2027
Horaires : Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Tarifs : 16 €. Tarif réduit : 10,50 €. Gratuit pour les enfants de moins de 10 ans
Accès : Station de métro Abbesses (12) ou Anvers (2)

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Image à la une : Henri de Toulouse-Lautrec, La Clownesse Cha-u-Kao, 1895, huile sur carton, 58 x 43 cm, Paris, Musée d’Orsay. © Musée d’Orsay 

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