La folle histoire du diable de Vauvert

31 octobre 2017

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Un diable vert dans Paris ? Beaucoup l’ont cru du XIIIe au XVIe siècle. Comment tour à tour l’histoire d’un roi, d’une demeure et d’un canular ont contribué à alimenter l’imagination débordante des Parisiens, jusqu’au point même d’en créer une expression ?

Le roi contre l’église

Tout commence au Xe siècle sous le règne de Robert le Pieux. Le roi décide d’implanter sa résidence à l’emplacement actuel du jardin du Luxembourg, situé hors de Paris à l’époque. Roi de France de 996 à 1031, Robert II dit le Pieux, descendant direct de Hugues Capet, a été excommunié par le pape, Grégoire V pour un mariage jugé impropre par l’église. On lui reproche d’avoir épousé Berthe de Bourgogne, sa cousine au deuxième degré. Pour ne rien arranger cette dernière avait un enfant de son premier lit.

Se sentant harcelé et acculé par ses ennemis, notre bon roi emménage hors de Paris dans un vallon où poussent des vignes. On nomme cet endroit Vauvert (le val vert). Alors que le couple est en pleine tourmente, une première histoire surnaturelle les touche. On la doit à un certain Abbon, l’Abbé de Fleury. L’ecclésiastique peu scrupuleux présente au monarque son soi-disant enfant mort-né. Fruit d’une relation incestueuse donc, l’enfant serait né avec un cou et une tête de canard. Ce montage odieux a été fait dans le seul but de pousser le roi à renouer avec l’église.

Pour protéger sa femme, pour qui il éprouve un grand amour, il décide de s’en séparer et de se remarier. Le roi Robert reste tout de même dans son domaine de Vauvert jusqu’à sa mort. Laissé à l’abandon par la suite, la somptueuse demeure devient vite délabrée et tombe en ruine. C’est le début des rumeurs à son sujet, repaire des malfrats et brigands, la bâtisse est dite hantée par les gens du quartier. De plus, aux alentours se trouvent des carrières dans lesquelles le vent produit des sons inquiétants.

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Au XIIIe siècle la mauvaise réputation de la demeure est intacte et a même tendance à s’amplifier. On y entend les rumeurs d’un diable de couleur verte, avec une longue barbe et un trident, circulant dans le château parmi d’autres fantômes et bêtes diverses.

Louis IX, roi de l’époque, décide de céder le domaine aux moines chartreux de Gentilly célèbres pour leur talent d’horticulture. La nouvelle est bien accueillie dans le quartier, le château étant encore le repère de quelques brigands perdus. Cependant, un bourgeois du nom de Aloys Pierrafeu est particulièrement mécontent du sort du domaine. Voisin, il n’a pas hésité à s’accaparer une partie du jardin pour y installer un poulailler et un grand potager, les deux voués à disparaître si les moines venaient à s’installer. Il monte alors un plan machiavélique avec Thomas Gidouin, l’épicier du coin qu’il fait chanter. Aloys Pierrafeu demande au commerçant de se faire passer pour un fantôme dans la demeure abandonnée, en échange, il ne le dénoncera pas de truquer sa balance lors de ses ventes.

La supercherie

L’épicier vole un drap à sa femme et s’exécute, vagabondant dans le château lanterne à la main. Ce qui avait pour but de faire fuir les religieux produit l’effet contraire. Une fois le quartier stupéfait par cette rumeur, le responsable du couvent de Gentilly tente de tirer cette affaire au clair. Il se cache dans le château attendant le passage du dit fantôme qu’il corrige à coups de bâton. L’épicier démasqué prend ses jambes à son cou. Craignant la potence, il s’appuie sur la clémence du Roi ou plutôt l’humour du souverain qui trouve l’histoire particulièrement drôle.

Cette histoire mémorable est restée dans la mémoire des Parisiens qui commencent, dès lors, à employer l’expression « aller au diable de vauvert ». Elle est encore utilisée aujourd’hui et signifie : « se rendre dans un endroit très lointain ».