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Connaissez-vous l'histoire extraordinaire de ce somptueux hôtel particulier du XIXe siècle au cœur de Paris ?

Hôtel Gaillard © Jean-Michel Drouet
Par Alexandre M

Réduire Paris à la Seine, la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, les Champs-Élysées et des immeubles haussmanniens serait une gravissime erreur, tant la capitale regorge de bâtiments et autres lieux remarquables. Si ces endroits ne sont pas tous aussi bien renseignés que les monuments adorés des touristes, il suffit simplement de se perdre dans Paris pour découvrir, au détour d’une rue, une véritable merveille. Prenons par exemple la direction du 17ème arrondissement, au niveau du parc Monceau. En se dirigeant vers la station de métro Malesherbes ou le campus Malesherbes de Sorbonne Université, difficile de louper cette imposante bâtisse haute en couleurs : l’hôtel Gaillard.

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Une construction détonnante pour l’époque et toujours aussi remarquée

Conçu à la fin du XIXe siècle, ce bâtiment détonne d’emblée par son style, bien différent des projets de l’époque. Avec ses toits élancés et ses fines tourelles surplomblant des murs de briques, on aurait presque l’impression d’être face à un château. D’inspiration néo-gothique et Renaissance, l’hôtel Gaillard assume sa silhouette haute en couleurs et est clairement en décalage total dans un quartier marqué par les lignes haussmanniennes et la discrétion de la pierre blonde. Édifié de 1879 à 1884 dans le style éclectique, l’édifice s’inspire de la Renaissance française, plus précisément de l’aile Louis XII du château de Blois et d’éléments architecturaux du château de Gien en Val de Loire. Mis en lumière par des façades spectaculaires et la profusion de décors sculptés, l’hôtel est notamment reconnaissable pour ses murs de briques rouges. Et que dire de la porte gothique ou des toitures : balustrade gothique, lucarnes surmontées de pinacles et monogrammées avec un G, grandes cheminées sculptées… Sur la façade principale, on peut voir deux marmousets sculptés : l’un porte une bourse et symbolise le banquier Émile Gaillard ; l’autre porte une équerre et symbolise l’architecte Jules Février. Les deux noms derrière la création de ce bâtiment exceptionnel.

Façade extérieure avec la mention Banque de France © Eric Piermont / AFP
Façade extérieure avec la mention Banque de France © Eric Piermont / AFP

Le souhait d’un homme influent du XIXe siècle

La vérité derrière l’histoire de ce bâtiment, c’est qu’il fallait bien un bâtiment exceptionnel pour mettre en lumière des objets d’art non moins prestigieux. Régent de la Banque de France, Émile Gaillard commande en 1878 à l’architecte Jules Février un hôtel particulier destiné à accueillir ses collections personnelles. Celle-ci est principalement constituée d’œuvres d’art des XVe et XVIe siècles : mobilier, sculptures, tapisseries, vitraux, céramiques, tableaux anciens. Le collectionneur s’intéresse également à la peinture de son époque et possède des tableaux d’Alexandre-Gabriel Decamps, Narcisse Diaz de la Peña et Jules Dupré. Symbole de réussite, Émile Gaillard a notamment participé au financement des chemins de fer, pris en charge la gestion des biens du comte de Chambord, est l’un des banquiers de Victor Hugo et même l’un des meilleurs élèves de Frédéric Chopin, qui lui dédie l’une de ses mazurkas. Summum de l’élégance, l’hôtel Gaillard reflète à merveille le statut social de son propriétaire et de ses goûts artistiques. Surtout, il répond à trois besoins : loger une famille, recevoir avec faste et mettre en valeur une collection exceptionnelle. Les pièces de service sont situées au rez-de-chaussée tandis que les appartements privés, situés à l’entresol, comprennent la salle à manger, quatre chambres et leurs salles de bain. Enfin, au 1er étage se trouvent les pièces de réception richement décorées : le petit salon, le grand salon et la galerie de tableaux. Quant au 2e étage, celui-ci est réservé au fils aîné, Eugène.

À l’intérieur de l’hôtel Gaillard © Banque de France / Agence Confino
À l’intérieur de l’hôtel Gaillard © Banque de France / Agence Confino

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Comment le théâtre de fêtes prestigieuses est devenue une impressionnante banque

Et si l’aspect extérieur a de quoi impressionner, ce n’est rien en comparaison de l’intérieur. Émile Gaillard et Jules Février ont fait appel à des artistes de renom pour les décors intérieurs, notamment des artisans en charge de la restauration du château de Blois, comme la manufacture de faïence Loebnitz pour le revêtement des paliers de l’escalier d’honneur. De nombreux éléments décoratifs sont d’époque (XVe et XVIe siècles) et proviennent d’édifices anciens, qu’il s’agisse de cheminées, plafonds, panneaux, boiseries, portes sculptées, etc.  L’hôtel est inauguré le 11 avril 1885 par un grand bal où sont conviés 2000 invités. Dans des tenues d’époque Henri II, le banquier et sa famille sont les hôtes d’une soirée princière qui semble tout droit venir de la Renaissance. Le XXe siècle est synonyme de grands bouleversements et l’hôtel Gaillard n’échappe à cette tendance. Après la mort d’Émile Gaillard, son hôtel particulier est mis en vente et sa collection dispersée lors d’une grande vente aux enchères organisée en juin 1904. Mais il faut finalement attendre 1919 pour que la Banque de France ne l’achète pour en faire une succursale. De vastes travaux de transformation sont alors menés et un nouveau bâtiment, abritant notamment le grand hall et la salle des coffres, est alors construit dans la cour commune. Contenant 3874 coffres de divers gabarits, la salle des coffres est dotée d’un système de sécurité inédit : protégée par une lourde porte blindée encastrée et entourée d’une douve remplie d’eau, on y accède par un plancher coulissant mu par un système électrique, sorte de pont-levis 2.0.

L’économie, un univers indissociable de l’hôtel Gaillard

Près de 100 ans après sa transformation en succursale, l’hôtel Gaillard connaît un nouveau virage à “presque” 180°, en devenant en 2011 une Cité de l’économie. Inauguré en 2019, Citéco propose aux curieux un parcours interactif expliquant les notions et enjeux économiques, monétaires et financiers. Autrefois symbole de richesse, l’ancienne salle des coffres sert de lieu d’exposition des collections de pièces et billets anciens qui proviennent de la Banque de France, de la Bibliothèque Nationale de France, du Conservatoire National des Arts et Métiers et de la Monnaie de Paris. De plus, un espace de 430 m² accueille les expositions temporaires, sans oublier un auditorium de 100 places. Pas de quoi dénaturer les charmes d’époque de cet hôtel exceptionnel, où la moindre décoration a été préservée et où l’on jurerait encore entendre les fastueuses fêtes d’Émile Gaillard.

L’ancienne salle des coffres aujourd’hui intégrée à la visite de la Cité de l’économie © Banque de France / Agence Confino
L’ancienne salle des coffres aujourd’hui intégrée à la visite de la Cité de l’économie © Banque de France / Agence Confino

 

Hôtel Gaillard – Citéco
1 Place du Général Catroux
75017 Paris

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Image à la une : Hôtel Gaillard © Jean-Michel Drouet

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