Nos ancêtres qui ont connu la Révolution française utilisaient-ils déjà du papier toilette ? Comment faisait-on pipi quand on vivait dans un appartement ne possédant ni eau courante ni pièce dédiée à cet usage ? On fait le point sur cette question assez triviale, et pourtant très intéressante pour comprendre comment vivaient les Parisiens à l’époque.

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Du papier toilette pour s’essuyer ? Non, du Corneille, c’est mieux

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le papier toilette tel qu’on le connaît aujourd’hui ne s’est réellement développé qu’à partir du milieu du XXe siècle. Avant cela, au XIXe siècle, l’immense majorité des Français utilisaient du papier journal pour s’essuyer, puis, au XXe siècle, du papier bulle-corde lisse, l’ancêtre de notre papier toilette actuel.

Et au XVIIIe siècle ? Eh bien, les plus riches utilisaient parfois un tissu, en lin ou en velours, mais la plupart du temps, on se contentait de vieilles lettres ou de livres, préalablement découpés pour plus de commodité. Les fouilles menées avant la construction de la pyramide du Louvre au niveau de la Cour Napoléon ont par exemple mis au jour des dizaines de cachets de cire et des fragments de manuscrits dans les anciennes latrines du palais. Et si certains considéreront comme un honneur de pouvoir se torcher les fesses sur un alexandrin signé Corneille, niveau hygiène, on repassera : le papier étant un bien précieux, on utilise généralement plusieurs fois la même page.

Faire ses besoins chez soi : dans le pot de chambre, et par la fenêtre !

Et en dehors de l’utilisation de chefs-d’oeuvre de la littérature pour s’essuyer, comment nos ancêtres s’y prenaient-ils concrètement pour satisfaire leurs besoins naturels ? Eh bien, dans une ville qui ne verra naître le tout-à-l’égout qu’à la fin du XIXe siècle et dont la plupart des maisons ne possèdent pas encore de fosse, il n’y a pas d’autre possibilité que le pot de chambre, ou la chaise percée pour les plus aisés, dont le contenu est jeté dans la rue après utilisation.

Chaise percée de Madame de Pompadour, conservée dans le Cabinet des Dépêches du Château de Versailles

Le contenu des pots de chambre est déposé dans la rue au petit matin ou en fin de journée, voire jeté par la fenêtre si l’on habite en hauteur et que l’on est un peu paresseux. Deux fois par jour, des « boueurs » sont chargés de dégager les boues qui s’accumulent dans les rues. Ces dernières sont principalement formées de gravois de construction, de crottins de cheval et, bien sûr, des excréments et déchets domestiques des Parisiens. En 1780, les 700 000 habitants de Paris produisent 750 m3 de boue quotidiennement, une boue qui est ensuite reversée dans des fosses installées aux portes de Paris.

Faire ses besoins dans la rue : un petit coin (un peu) tranquille fera l’affaire

Dans son Tableau de Paris, Tome VII, publié en 1783, l’écrivain et journaliste Louis-Sébastien Mercier constate le manque cruel de latrines publiques au XVIIIe siècle et raconte, non sans humour, comment nos ancêtres assouvissaient de façon très régulière leurs besoins « sauvages » dans Paris.

Quand une envie subite nous prend, indique-t-il, « il faut aller chercher un privé au hasard dans une maison inconnue. » car il n’y a pour ainsi dire aucun lieu d’aisance publiquement accessible dans Paris. Mais si l’on ne veut pas « tâte[r] aux portes et [avoir] l’air d’un filou », il nous faudra nous ruer sur les quais, payer deux sous pour accéder à l’une des rares latrines publiques, ou faire, comme tout le monde, nos besoins dans une ruelle ou un recoin boisé.

A Beau Cacher. : [estampe] / Le Clerc inv. ; L. Bonnet Scul. © Gallica / BNF

Par contre, évitez les jardins des Tuileries : jusque-là envahis de personnes y faisant leurs besoins, ils ne sont plus utiles à personne depuis que le Comte d’Angiviller a décidé de couper ses arbres, laissant « les chieurs qui venaient de loin tout exprès » dans le plus grand désarroi !

Lecture du Journal par les Politiques de la petite Provence au jardin des Thuilleries [sic] : [dessin] / f. huot del. © Gallica / BNF
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