Pendant quatre ans, du 14 juin 1940 au 24 août 1944, l’Occupation allemande a bouleversé le paysage parisien et affecté le quotidien de tous ses habitants.

Si le patrimoine architectural de la capitale est en grande partie préservé, l’ordinaire et l’environnement de ses habitants n’en est pas moins transformé : présence allemande partout dans l’espace public, parades festives des militaires dans les rues et les cafés, rationnement alimentaire pour les habitants, rafles, attentats, couvre-feu… C’est dans une atmosphère lourde et éprouvante que les Parisiens tentent de vivre bon an, mal an, pendant toutes ces années.

Tout l’espace public est occupé par les Allemands

Dès leur arrivée à Paris le 14 juin 1940, les Allemands investissent les hôtels de luxe et grands monuments parisiens pour en faire les sièges officiels des différents services nazis. Le Grand Palais est transformé en hangar pour véhicules de guerre, l’Hôtel des Invalides devient le siège du service de l’État major, le Ritz est réquisitionné pour devenir le siège de la Luftwaffe (l’armée de l’air) et recevoir des hauts dignitaires nazis. En quelques semaines, tous les édifices publics sont investis, transformant profondément le paysage urbain de la capitale.

Propagande allemande sur la façade du Palais Bourbon, devenu le siège de l’administration du Gross Paris  – « Deutschland siegt an allen Fronten » (L’Allemagne vainc sur tous les fronts)

Mais les nazis marquent aussi leur territoire à travers les drapeaux et panneaux en langue allemande présents partout dans Paris : le drapeau nazi flotte sur les principaux édifices publics, dont la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, l’Assemblée nationale et le Sénat ; sur les panneaux de signalisation, tout est écrit en Allemand, et seules des petites inscriptions permettent aux habitants de lire le nom de leur rue en Français. La démarche est symbolique, mais elle marquera l’esprit des Parisiens pendant longtemps.

L’Arc de Triomphe sur lequel flotte le drapeau nazi, à peine quelques jours après le début de l’Occupation en juin 1940 © BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais
Les panneaux de signalisation sont désormais tous en allemand © Ministère de la Culture – Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais : Roger Parry

Quant aux murs de la ville, ils sont couverts d’affiches de propagande massivement placardées dans les rues par l’Office de Répartition de l’Affichage, créée en 1941 à Paris par les services de propagande allemande. 

La première affiche de propagande allemande diffusée en France sur laquelle est noté, au crayon, le graffiti « Et quoi encore ?.. EC. 1940 » © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais – Photo musée de l’Armée

L’essence étant rationnée et certains véhicules réquisitionnés, les voitures se font plus que rares. Les Parisiens ont recours à des transports de substitution, tels que le fiacre, qui avait pourtant quasiment disparu, le vélo-taxi, et surtout le vélo, qui nécessite alors une immatriculation.

Les images de Paris sous l’Occupation : le pire reste bien caché

Dès septembre 1940 et jusqu’à la Libération, il était interdit de photographier les rues ou les lieux publics de Paris. Les clichés qui nous sont parvenus sont donc le fait de quelques photographes ayant bravé cette interdiction ou de photographes officiels de la propagande nazie. Ces derniers clichés renvoient bien sûr une image déformée du Paris occupé : on ne voit pas d’affiches autres que celles placardées partout par les services de propagande allemande, on ne voit pas non plus les queues interminables de Parisiens devant les épiceries de la ville, alors que Paris vit dans la pénurie et le rationnement. Quant aux rafles et arrestations de Juifs ou résistants, les nazis se sont également bien gardés d’en garder trop de traces. Il n’existe par exemple qu’un seul cliché de la rafle du Vel d’hiv, durant laquelle près de 13 000 Juifs parisiens seront arrêtés et déportés.

L’unique photo de la rafle du Vélodrome d’hiver, le 16 juillet 1942 © Mémorial de la Shoah/CDJC

Les photographies d’André Zucca : des images au service de la propagande nazie

Les photographies qui suivent sont parmi les seuls clichés en couleurs retrouvés de cette époque. Elles ont été prises par le photographe André Zucca, correspondant du magazine allemand Signal, le principal journal de propagande publié par les nazis. Si elles nous permettent de découvrir le visage de Paris pendant les quatre années de l’Occupation allemande dans une qualité rare, elles montrent un Paris bien organisé, tranquille, presque bon vivant, à l’image de ce que veulent mettre en avant les autorités allemandes. La réalité était bien évidemment beaucoup moins rose.

© André Zucca, entre 1940 et 1944

© André Zucca, entre 1940 et 1944
© André Zucca, entre 1940 et 1944

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