Aujourd’hui, nous vous emmenons au poste ! Mais pas n’importe lequel, puisque c’est au mythique siège de la police judiciaire – le 36, quai des Orfèvres – que nous nous rendons. Lieu stratégique de recherche et d’enquête policière, le “36” a également été le décor de nombreuses œuvres de fiction. Peut-être y croisera-t-on le célèbre commissaire Maigret… 

Comment est né le fameux ”36” ? 

Le 36 a vu défiler des générations de policiers chevronnés et de criminels de la pire espèce. Entre ses murs, les enquêteurs ont hérité des plus grandes affaires du pays : de “la bande à Bonnot”, premier cambrioleur de France en automobile au tueur en série Guy Georges, en passant par Jacques Mesrine ou plus récemment les attentats de Paris en 2015. 

Pour connaître l’histoire de l’adresse mythique de la police judiciaire (PJ), il faut remonter quelques siècles en arrière, jusqu’en 1664. À cette époque, le roi Louis XIV décide de séparer les fonctions de police et de justice en France qui étaient jusque-là dans les mains d’un seul homme : le lieutenant criminel. Deux entités distinctes existent alors. Puis les choses se précisent lors de la Commune de Paris, quand les Communards incendient de nombreux bâtiments de la capitale. La préfecture de police et le palais de justice mitoyen ravagés, leurs “locataires” s’installent dans la Caserne de la Cité. Mais si le palais de justice est finalement reconstruit, le préfet refuse d’y retourner, jugeant l’espace trop petit. Il invite alors la police judiciaire à investir le bâtiment ! C’est finalement en 1888 que la PJ prend possession des lieux, au 36 quai des Orfèvres. 

Photographie de Jules Bonnot, premier cambrioleur en voiture de France.

Bien qu’iconique, le bâtiment est (presque) inoccupé depuis quatre ans. Les Stups, la Crim’, les corps de la direction régionale de la police et l’Etat Major ont déménagé Porte de Clichy, dans le 17e arrondissement, d’après un article du Parisien. Seule la Brigade de Recherche et d’Intervention, appelée aussi “anti-gang”, siège au 36 du quai des Orfèvres aujourd’hui. Sujet à de nombreux travaux de mise aux normes, l’édifice se refait une beauté ! 

Le “36” dans la fiction 

Cette adresse, qui a connu les grandes heures de la police, a nourri l’imaginaire de nombreux écrivains en herbe… dont un certain Georges Simenon. C’est en partie à lui et à son légendaire personnage du commissaire Maigret, que le lieu doit sa popularité. Le premier ouvrage mettant en scène l’enquêteur à la pipe est publié en 1929, alors que Simenon n’a que 26 ans. Maigret était un simple membre de la brigade mobile, chargé de la surveillance de la voie publique.

En lisant les premières aventures de Maigret, un homme, installé au 36, quai des Orfèvres, s’interroge. Pourquoi ce personnage ne travaille-t-il pas ici-même et n’exerce pas une fonction plus palpitante ? L’homme n’est autre que le commissaire de police et directeur de la PJ : Xavier Guichard. Ce dernier invite alors Georges Simenon dans ses locaux, lui montre tout, des salles d’interrogatoires, aux cellules en passant par les bureaux.

Il lui présente des policiers émérites, dont un certain Marcel Guillaume. Appelé “l’as de la PJ”, Guillaume se distingue par sa fine maîtrise de la psychologie et ses méthodes interrogatoires novatrices. Au fur et à mesure, le jeune écrivain donne à son personnage les traits de l’enquêteur, avec qui il se lie d’amitié. L’opération “séduction” a porté ses fruits ! Maigret devient commissaire et siège au 36, quai des Orfèvres dans les 75 romans et 28 nouvelles rédigées par le romancier. 

Jean Gabin dans le film “Maigret et l’Affaire Saint Fiacre” en 1959.

Le “36” sert également à de nombreux décors de films comme Inspecteur la Bavure de Claude Zidi ou Quai des Orfèvres de Henri-Georges Clouzot. De nos jours, les séries télévisées n’ont pas boudé ce lieu devenu incontournable notamment dans Commissaire Moulin, Alice Nevers ou Profilage

D’où vient le nom de ce quai ? 

Le quai des Orfèvres, situé dans le 1er arrondissement de Paris, ne porte pas son nom pour rien. Construit à partir de 1580 sur l’île de la Cité, face à la rive gauche, ce quai avait la particularité de regrouper de nombreux bijoutiers, joailliers et autres fabricants d’objets de luxe. Tout simplement ! 

Lisa Back

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