
Il flotte au dessus de l’Hôtel de ville et on le voit sculpté au coin des rues du Vieux-Lille… C’est certain que le blason lillois ne passe pas incognito avec sa grande fleur de lys blanche sur fond rouge ! Mais pourquoi la capitale des Flandres arbore-t-elle l’emblème des rois de France ?
Explication de chaque élément du blason lillois
Chaque détail qui compose les armoiries de Lille raconte en réalité un morceau du passé de la ville. D’abord, la fleur de lys est ce qu’on appelle une « arme parlante » en héraldique (science et l’art des blasons et des armoiries). Au Moyen Âge, la fleur se disait lisle ou lilia en latin. Le dessin renvoie donc directement au nom de « Lille » et rappelle qu’à l’origine, la cité s’est développée au milieu des marais de la Deûle, comme une île. Les couleurs rouge et blanche sur le blason ont été introduites sous Louis XIV en 1698. Le rouge symbolise le courage et le désir de servir et le blanc représente la sagesse et la pureté. Posée au-dessus du blason, la couronne de remparts fait référence au fait que Lille a longtemps été une puissante cité fortifiée. D’ailleurs, ça se voit encore grâce aux nombreuses portes encore debout de Lille, comme la Porte de Roubaix, la Porte de Gand ou encore la Porte de Paris ! De chaque côté, les deux lions noirs représentent le comté de Flandre auquel la ville a longtemps appartenue. Enfin, la mention « 1792 – A bien mérité de la Patrie » a été attribuée par la Convention nationale pour saluer la résistance héroïque des Lillois face aux bombardements de l’armée autrichienne.
Quatre médailles gravées dans la pierre
Autour du blason, quatre décorations officielles ont été ajoutées pour honorer la bravoure de la population lilloise. La Légion d’Honneur a été décernée en octobre 1900 en souvenir du siège de 1792, une haute distinction que seules 64 villes françaises possèdent ! S’y ajoutent les Croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945, reçues après les deux conflits mondiaux pour marquer la résistance de la cité sous les occupations allemandes. Enfin, l’Ordre de la Tour et de l’Épée, octroyé par le Portugal en octobre 1920, remercie Lille pour l’aide apportée aux soldats portugais emprisonnés durant la Grande Guerre.

De la fleur de lys aux abeilles de Napoléon
L’histoire du blason n’a pas été un long fleuve tranquille. Le lys lillois est apparu pour la première fois en 1199 sur un sceau officiel. Il traverse les siècles avant d’être banni sous la Révolution française en 1790. En 1811, Napoléon Ier juge la fleur de lys trop liée à la monarchie et la change pour des abeilles d’or et une représentation du bombardement de 1792. Des versions gravées portant encore ces motifs napoléoniens sont toujours visibles sur la façade de l’école Victor Hugo (boulevard Victor Hugo) ou sur le bâtiment de l’ancienne faculté de pharmacie située place Philippe Lebon. Sous la Troisième République, les abeilles sont remplacées par des étoiles.

Au début du XXe siècle, des élus républicains s’opposent au retour du lys car ils la trouvent trop royaliste. Mais en 1901, la mairie Gustave Delory tente de contourner la polémique en rebaptisant temporairement le motif « fleur d’iris d’argent ». Il faut attendre 1924 pour que le conservateur du Musée des Beaux-Arts Émile Théodore démontre que le lys lillois est un symbole d’identité locale et non un hommage aux rois. C’est finalement le dessin réalisé en 1958 par l’héraldiste Robert Louis qui fixe la version officielle. Vous pouvez d’ailleurs admirer cette fresque monumentale des grandes armoiries au cœur du grand carré Pierre Mauroy, à l’intérieur de l‘Hôtel de Ville de Lille.
