fbpx

Connaissez-vous l'histoire de ce journaliste et baron qui se faisait appeler "Ignotus" en 1875 ?

© ronstik
Par Julien Mazzerbo

A la fin du XIXe siècle, le journalisme d’enquête apparaît en France et cherche ses lettres de noblesse : une figure en particulier s’extirpe des conventions établies et dresse un portrait flambant du Paris de l’ombre, celui dont on ne parle pas… Les regards convergent vers ce journaliste atypique qui signe ses articles du nom d’Ignotus, l’”inconnu” ou “celui qui ne connaît pas” en latin.

https://f.info.pariszigzag.com/f/p?q=n4l6TIJ-xaXwmPcVukeg0JIv3j35jY1Hp2d9b9w0MxToUZjbYmkjQJFGucEje1zlUsrplyzy9fTMEuGtw5Uuk4PoGLToiAdX7q7gCE5Ygds9xBhdFqorr2qPLhut1rdkUQO0aAGCidqra1GnWkoTHPimgWFOY7qWJPEXp_zcUbNP0UkwaMecwb0zO5uuH0rpRjwOw5fN0JrNnvIqari3wp9gPUvD1NMV1aFunX5bGC1780yCJ0nq4OqSUdUqIc4l

Vocation

Ignotus, de son vrai nom Félix Platel, est né en 1832 dans une commune de l’actuelle région des Pays de la Loire. Il grandit dans une famille aisée et hérite du titre de baron. Grand de taille, trapu et moustachu, certains contemporains évoquent sa ressemblance avec Gustave Flaubert. Plusieurs trajectoires jalonnent sa vie : la première le mène vers des études de droit jusqu’à devenir avocat au barreau de Paris, une autre le propulse en tant que maire de sa localité et la dernière le conduit au journalisme. Entretemps, il voyage en Italie où il se perfectionne dans l’écriture et se fait remarquer dans des missions littéraires et diplomatiques.

Portrait de Félix Platel © Photographie Morgan
Portrait de Félix Platel © Photographie Morgan

Mais c’est bien dans le monde de la presse qu’il laisse son empreinte la plus durable, avec une rhétorique et une éloquence à toute épreuve : au début des années 1870, il fait une entrée fracassante au journal de la rue Drouot, communément appelé Le Figaro, avec des portraits léchés de Léon Gambetta, Sarah Bernhardt et autres personnalités. Ces premiers jets rencontrent un franc succès et il devient évident que Félix Platel possède un grand potentiel : rapidement, Le Figaro fait paraître ses chroniques au format hebdomadaire et, aidé par l’essor de la souscription dont Platel se sert auprès du lectorat, gagne en visibilité.

26 rue Drouot, Hôtel du Figaro
26 rue Drouot, hôtel du Figaro, Paris, 1914 © Agence photographique Rol, Vergue, BnF

inscription

Un regard sur la misère

Avec ses chroniques, qu’il nomme “études“, le reporter sort des sentiers battus et s’aventure dans les profondeurs de la capitale, loin de la société mondaine. Ses articles évoquent des thèmes récurrents qui deviennent un motif prédominant : condition ouvrière, handicaps, droits de l’enfant, prostitution, Félix Platel s’accapare plusieurs sujets tabous de l’époque auxquels il n’est lui-même pas insensible. A travers un récit sensationnel à la première personne, le journaliste rassemble toute sa verve pour retranscrire l’atmosphère des lieux qu’il visite et les informations défilent tel un long plan-séquence.

Institut national des jeunes aveugles, date inconnue
Institut national des jeunes aveugles, date inconnue © Anonyme

Son modus operandi est le suivant : Félix Platel se rend dans des lieux où le monde a détourné le regard, muselés par la société, dont l’accès lui est facilité par son statut de reporter. Il visite l’Institut national des jeunes aveugles situé sur le boulevard des Invalides dans le 7e arrondissement de Paris, la sûreté de Bicêtre, une ancienne prison d’Etat et asile d’aliénés dans l’actuel hôpital du Kremlin-Bicêtre ou encore les enclaves de prostitution des quartiers de Montmartre, Belleville et La Villette.

Hôpital royal de Bicêtre c J. Rigaud
Hôpital royal de Bicêtre © J. Rigaud

Dénoncer pour mieux informer

L’une de ses “études” les plus marquantes est celle de la Petite Roquette, une ancienne prison pour mineurs où se trouve aujourd’hui le square de la Roquette dans le 11e arrondissement de Paris : violence et insalubrité, confinement de vingt-deux heures en cellule, interdiction aux détenus de se voir et parler entre eux, Félix Platel alerte sur l’horreur qui y règne et l’injustice de ces incarcérations qui s’abattent sur de jeunes vagabonds plutôt que des criminels notoires.

1930. PHOTOGRAPHIE DE HENRI MANUEL, COLLECTION PARTICULIÈRE, ENAP-CRHCP
Détenus de la Petite Roquette, 1930 © Collection particulière, ENAP-CRHCP

Le journaliste est l’un des précurseurs de ce que deviendra le reportage engagé du XXe siècle, n’hésitant pas, dans une démarche quasi-sociologique, à dénoncer le chaos ambiant. Lunatique, il reste résolument à l’écart de ses contemporains et finit par décéder du diabète en 1888. Son ami et écrivain Paul Perret, qui se charge de rédiger sa nécrologie, le qualifiera d’”excellent homme, pas médisant [et] bon aux pauvres”.

Domaine du Grand Clavier, famille Platel
Domaine du Grand Clavier, famille Platel © Anonyme

A lire également : Pourquoi Kiki était surnommée la “reine de Montparnasse” ? 

Image à la une : © ronstik / Adobe Stock

Julien Mazzerbo

https://f.info.pariszigzag.com/f/p?q=n4l6TIJ-xaXwmPcVukeg0JIv3j35jY1Hp2d9b9w0MxToUZjbYmkjQJFGucEje1zlUsrplyzy9fTMEuGtw5Uuk4PoGLToiAdX7q7gCE5Ygds9xBhdFqorr2qPLhut1rdkUQO0aAGCidqra1GnWkoTHPimgWFOY7qWJPEXp_zcUbNP0UkwaMecwb0zO5uuH0rpRjwOw5fN0JrNnvIqari3wp9gPUvD1NMV1aFunX5bGC1780yCJ0nq4OqSUdUqIc4l