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La prison la plus absurde de l’Histoire de Paris

Par Cyrielle

La prison de la Santé, celles de la Petite et de la Grande Roquette, le Petit et le Grand Châtelet, l’historique prison de la Bastille… Si de nombreuses prisons parisiennes sont passées à la postérité pour avoir été le théâtre de grands événements de l’Histoire ou avoir accueilli d’illustres meurtriers, la Prison de Clichy est passée à la postérité pour une tout autre raison : elle est sans doute la plus inutile et la plus absurde de toutes les prisons de la capitale !

Une loi à l’origine de cette absurde prison, « la contrainte par corps »

Ouverte en 1834 au niveau de l’actuel 54-58 rue de Clichy, la Prison de Clichy n’est pas une prison comme les autres : cette « prison modèle » n’a accueilli, pendant sa quarantaine d’années d’existence (1834-1867), qu’un seul type de prisonniers, les « detteurs » dans le domaine des affaires et du commerce.

Ces détenus, issus de toutes les classes sociales, tombaient sous le coup de la « contrainte par corps », une procédure légale prise par le Tribunal du Commerce qui consiste à emprisonner un débiteur  récalcitrant. Il s’agit avant tout d’une mesure punitive puisque la peine de prison ne remplace pas la dette, l’objectif étant de forcer le débiteur à payer ses dettes en lui retirant ses libertés. Le résultat ? Bien peu de dettes réglées et des créanciers qui perdent encore plus d’argent ! La faute, en grande partie, au fonctionnement de cette prison pour dettes.

La prison de Clichy, une prison plus que confortable

À la prison de Clichy, le détenu pouvait, s’il le souhaitait, travailler. Une partie des bénéfices allait alors au créancier pour un minimum de 2 francs par jour. Mais le détenu pouvait tout aussi bien ne jamais travailler et simplement profiter du confort qu’offrait la prison. En effet, on n’ y avait aucune obligation, mais on y trouvait des salles de jeux, un grand jardin où se balader, un débit de tabac, un café, ou encore un cabinet de lecture proposant de nombreux ouvrages ainsi que la presse quotidienne.

Si, à l’arrivée d’un nouveau prisonnier, le confort de sa cellule était réduit au minimum, le détenu pouvait se procurer, moyennant quelques francs, toutes sortes d’améliorations : des draps ou des oreillers plus agréables, une nouvelle chaise ou une table en location, du mobilier haut de gamme, des droits et prestations domestiques privées… Une foule de privilèges qui étaient alors à la charge… du créancier ! Car, oui, ce dernier réglait non seulement l’arrestation et les honoraires d’huissier de son débiteur, mais aussi ses frais de logement dans la prison. L’État ne voulait pas avoir ce type de prisonniers à sa charge, la condition pour qu’un détenu soit admis dans l’établissement était donc de faire payer son entretien par le créancier. Le loyer payé par le créancier allait de cinq sous à deux francs par jour en fonction du confort et des services accordés au prisonnier. Tout ça sans avoir aucune certitude de voir sa dette réglée un jour.

Un prison pour dettes dans laquelle on s’endette…

Dans le même temps, les détenus les plus riches avaient le loisir de commander tout ce qu’ils souhaitaient auprès de commerçants extérieurs. Une petite envie d’huîtres ? Un besoin pressant de déguster une entrecôte de boeuf venue de la meilleure boucherie du quartier ? Il suffit de faire appel à un commis et de réussir à obtenir un crédit de la part du commerçant…

Une cocasse affaire montre bien le fonctionnement très approximatif de cette prison, surnommée la « Bastille commerciale » : un homme incarcéré pendant trois ans dans la prison de Clichy trouva nécessaire d’avoir un fauteuil Voltaire dans sa chambre. Il le loua donc à un tapissier du quartier pour 18 francs par mois (une fortune à l’époque !). À sa sortie, le détenu n’avait rien remboursé de sa dette initiale, mais devait 630 francs de plus au tapissier… Il retourna donc très vite à la prison de Clichy.

À lire également : Petite histoire de la prison de la Bastille



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