
On fredonne souvent Brel et son « plat pays », mais celui qui parcourt le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais se retrouve vite face à un horizon inattendu. Ici, entre Lille et Lens, se dressent d’étranges pyramides sombres, véritables géants de briques et de schiste qui défient la plaine. Bienvenue au pays des terrils, ces montagnes artificielles nées du labeur des hommes et aujourd’hui devenues des symboles de fierté régionale !
1. Les terrils sont plus hauts que les montagnes naturelles de la région
Le premier secret de ces colosses réside dans leur gigantisme qui bouscule la géographie locale. Les célèbres terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle culminent à 188 mètres de haut. Cette altitude record leur permet de surpasser officiellement le plus haut sommet naturel de la Flandre, le Mont Cassel ! Véritables « gratte-ciels » de schiste, certains de ces monts sont si imposants qu’ils se voient à plus de 15 kilomètres à la ronde. Impressionnant, non ? Même si, on vous l’accorde, on reste loin des hauteurs des Alpes.
2. Certains sont des volcans qui sommeillent
Sous leur carapace de pierre, certains terrils cachent une activité thermique surprenante. Un terril houiller peut en effet entrer en combustion par un processus naturel d’auto-échauffement des particules de charbon restantes. C’est notamment le cas du terril n°9 à Haillicourt : ce géant a la particularité d’être encore en combustion et laisse parfois échapper de mystérieuses fumerolles de son sommet totalement dénudé ! Ce phénomène spectaculaire transforme ces anciennes décharges en sortes de volcans artificiels sous surveillance.

3. Ils abritent une flore exotique et inconnue ailleurs
Longtemps considérés comme des terres stériles, les terrils sont en réalité des oasis de biodiversité grâce à un microclimat unique. La chaleur emmagasinée par le schiste noir et la composition du sol permettent le développement d’espèces végétales souvent inconnues dans le reste de la région. Au printemps, les pentes se recouvrent par exemple de Glaucière jaune, une fleur qu’on retrouve normalement dans les Alpes, ou de coronilles, qu’on observe plutôt dans le Sud-Ouest de la France. Le terril de Pinchonvalles à Avion compte plus de deux cents espèces végétales qui servent de refuge aux oiseaux et aux batraciens.
4. Ils ont servi de relais pour la télévision française
Si on connaît leur passé minier, on ignore souvent que leur hauteur a attiré les pionniers de la communication ! Tout comme le Beffroi de Lille, la silhouette élancée des terrils a été mise à profit pour installer des antennes de transmission. Dans les années 1950, ces structures ont joué un rôle clé dans le développement de la télévision régionale et ont permis de relayer les ondes au-dessus des plaines du Nord pour atteindre les foyers des mineurs et des citadins.
5. Ce sont des pyramides chargées de littérature et de légendes
Chaque terril possède sa petite histoire. Le terril Renard à Denain est ainsi un véritable « terril mémoire » : il est issu de la fosse que l’écrivain Émile Zola a visitée en 1884 pour s’imprégner de l’ambiance de la mine avant d’écrire son chef-d’œuvre, Germinal. À sa base, on retrouve parfois sculptés les géants fondateurs de la région, comme Lydéric et Phinaert, liant à jamais ces montagnes de résidus aux légendes médiévales du Nord !
Photo en Une : © Samuel Dhote / Détours en France