Même si ces épiceries n’existent plus depuis 1995, le slogan « Félix Potin, on y revient ! » résonne encore dans de nombreuses têtes, et pour cause : l’enseigne de distribution Félix Potin, qui a vu le jour en 1844, s’est longtemps imposée comme une référence en la matière, à Paris et en France. Retour sur l’histoire de cette épicerie emblématique.

Un épicier innovateur dans un contexte de développement économique

Originaire de la petite ville d’Arpajon dans l’Essonne, Félix Potin débarque en 1836 à Paris et devient épicier pendant huit ans. Il finit par s’installer à son compte dans le 9e arrondissement, rue Neuve-Coquenard, très commerçante et proche des abattoirs de Montmartre. Jusque-là rien de bien original, quand on sait le nombre d’épiceries qui tapissent alors les rues de la ville Lumière. Mais à l’époque, l’épicerie de proximité est en plein essor et Félix Potin va en être l’un des pionniers, et surtout, il va perdurer grâce à deux innovations majeures qui feront sa renommée.

Grâce au développement des voies de chemin de fer, Félix Potin va s’approvisionner directement chez les producteurs et se passe ainsi des intermédiaires et des grossistes. Deuxième innovation : contrairement aux autres épiciers, qui jouissent souvent d’une mauvaise réputation du fait de prix élevés et irréguliers, il vend « à bon poids, bon prix ». Il pratique en fait ce qu’on appelle « la gâche » en ne faisant aucune marge ! Pour fidéliser le client, il est un des premiers à afficher des prix fixes. En 1870, lors du siège de Paris, il est l’un des rares commerçants à maintenir des prix bas, accessibles à une population large.

L’immeuble monumental de la rue de Rennes, ouvert en 1804, et construit par l’architecte art nouveau Paul Auscher ©Siren-Com (2010)

Comment peut-il se permettre de conserver des prix si bas ? Grâce à une troisième astuce : Potin ne fait pas que commercer, il possède aussi sa propre usine de transformation des produits bruts qu’il achète ! Tout commence en 1861 lorsqu’il acquiert 4000 mètres carrés de locaux rue de l’Ourcq. Il y produit du sucre en morceaux, du chocolat, du café, des liqueurs des conserves de légumes, de la moutarde et divers condiments. Progressivement cette activité s’étend et il achète des terres dans le Lot-et-Garonne pour sa production de pruneaux et des vignobles à Montpellier et en Champagne.

Ancien bâtiment de l’usine Félix Potin abritant une conserverie et une charcuterie rue de l’Ourcq. ©ArtVill (2021)

La « Maison Félix Potin » s’étend et s’installe dans le coeur des Parisiens

L’épicerie de la rue Coquenard sera rapidement vendue pour installer de nouveaux locaux, plus grands, dans le centre de Paris. Nous sommes alors dans les années 1850 et 1860 et le Baron Haussmann est chargé de percer les rues étroites de la capitale afin d’aérer la ville. C’est donc là que tout le commerce se déplacera, boulevard de Sébastopol. En 1864, son beau-frère suit l’idée et ouvre une grande épicerie boulevard Malesherbes ce qui achève de former la « Maison Félix Potin ».

La queue à la porte d’une épicerie Félix Potin à l’angle de la rue Réaumur et du boulevard de Sébastopol à Paris, en novembre 1870 ©Musée Carnavalet, Jacques Guiaud et Alfred Decaen (1871)

Une affaire familiale devenue la plus importante épicerie de Paris

Quand Félix Potin meurt prématurément en 1871, l’enseigne bat son plein. La maison est alors la plus importante épicerie de Paris et la veuve de Félix prend les rênes de l’affaire familiale. Après le service de livraison à domicile mis en place à partir de 1870, c’est au tour du catalogue de vente de faire son entrée, favorisant la vente par correspondance. Les activités se multiplient pour le « Roi de la conserve » qui emploie près de 2000 ouvriers dans les années 1880.

L’enseigne continue de s’étendre, notamment grâce à ses surfaces de production installée au sein du quartier de la Villette. À l’époque, la zone est majoritairement ouvrière et populaire. La plupart du personnel de Félix Potin y est logé sur place. Même si le quartier est souvent qualifié d’insalubre par la presse, s’implanter à la Villette fut la meilleure stratégie de l’enseigne : à l’époque les canaux de l’Ourcq sont raccordés au port fluvial de La Villette, premier port fluvial de France jusqu’en 1914. Le train est également situé à proximité et dessert les divers abattoirs. La Villette deviendra, grâce à Félix Potin, le berceau de la production de sucre, de chocolat ou encore des producteurs d’emballage à Paris.

Siège de l’ancienne société Félix Potin à l’angle de la rue Réaumur et du boulevard de Sébastopol. © TangoPaso (2013)

Entre 1906 et 1927, les effectifs des usines Félix Potin passent de 1800 à plus de 8000 et ce qui avait commencé par une épicerie se transforme en leader et pionnier des supermarchés. La société devient au début du XXe siècle, la « maison d’alimentation la plus importante du monde » avant de disparaitre en 1995 faute de rentabilité et confrontée à une concurrence accrue. Aujourd’hui, il ne reste de cette aventure commerçante que quelques immeubles, magnifiques, dans Paris… dont on vous parlera dans un prochain article !

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