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Il faut s’imaginer que Paris n’a pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui. Notre capitale a beaucoup évolué depuis les travaux d’ampleur entrepris par le baron Haussmann. Bientôt avec l’intensification de la circulation dans les rues de Paris, il fallut revêtir le sol d’un matériau homogène afin de fluidifier le trafic et éviter les accidents. Mais, les Parisiens ont longtemps eu du mal à se décider optant ici pour le gros pavé, là pour le petit pavé piqué, le pavé de bois, l’asphalte ou encore le macadam. Au total, cinq types distincts de revêtements furent utilisés tour à tour dans la ville, présentant chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Mais, tous ont finalement laissé une empreinte plus ou moins importante dans la capitale. Zoom historique sur l’aménagement de la voirie parisienne !

Le pavage de bois

Cette méthode de pavage connut beaucoup d’enthousiasme à l’époque où elle a été élaborée et pourtant, ce fut ironiquement celle qui fut la plus critiquée. Ces pavés étaient constitués de bois de pin des Landes ou de sapin des Alpes et étaient posés perpendiculairement à la chaussée et scellés par du bitume. Ce type de revêtement permettait de réduire les nuisances sonores mais était particulièrement glissant en retour. Les Parisiens lui reprochèrent notamment de pourrir, devenant ainsi un nid à microbes à l’odeur fort désagréable (les arroseuses municipales étaient alors obligées de laver les rues tous les jours, par mesure d’hygiène). Les pavés de bois furent finalement totalement abandonnés après 1930 au profit des pavés de pierre.

Pavage des rues. Mise des baguettes pour pavés de bois. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues. Mise des baguettes pour pavés de bois. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues de Paris. La taille des pavés de bois, vers 1920. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues de Paris. La taille des pavés de bois, vers 1920. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues. Machine à retailler les pavés de bois. Paris, 1907. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues. Machine à retailler les pavés de bois. Paris, 1907. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
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Ébarbeuse de pavés de bois en 1901. © Jules Beau, Gallica bnf .fr
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Femmes ramassant des pavés de bois, vraisemblablement pour se chauffer
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Pavés en bois descellés durant la Crue de 1910
Crue de la Seine. La rue Saint-Dominique. Paris (VIIème arr.), 1910. Bibliothèque historique de la Ville de Paris.  © BHVP / Roger-Viollet
Crue de la Seine. La rue Saint-Dominique. Paris (VIIème arr.), 1910. Bibliothèque historique de la Ville de Paris. © BHVP / Roger-Viollet
Crue de la Seine. Rue Saint-Dominique, la chaussée soulevée par la pression de l'eau. Paris (VIIème arr.), 1910. Bibliothèque historique de la Ville de Paris.  © BHVP / Roger-Viollet
Crue de la Seine. Rue Saint-Dominique, la chaussée soulevée par la pression de l’eau. Paris (VIIème arr.), 1910. Bibliothèque historique de la Ville de Paris. © BHVP / Roger-Viollet

Le gros pavé

Ce type de revêtement a très largement été utilisé à Paris, et ce depuis l’Antiquité. Il est issu de l’extraction du grès dans des carrières du Bassin parisien : les ouvriers détachent par un processus de forage de gros blocs, rapidement dégrossis par la suite pour former les gros pavés. Il suffisait ensuite pour paver les routes de niveler le sol d’une épaisse couche de sable pour aligner à la main ou à la truelle les morceaux de pierre et les fixer. Les Parisiens leur reprochèrent cependant de s’accrocher aux roues des carrosses et des voitures.

Carrière à grès, quartier de la Justice, à Epernon (Eure-et-Loir), au début du XXème siècle. © CAP / Roger-Viollet
Carrière à grès, quartier de la Justice, à Epernon (Eure-et-Loir), au début du XXème siècle. © CAP / Roger-Viollet
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Carrière de pavé dans le Bassin parisien
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Pavage sur le Cours la Reine, 8e
Pavage des rues. Défonçage de la chaussée. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues. Défonçage de la chaussée. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues de Paris. 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues de Paris. 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues de Paris, 1924. Compresseuse Ingersoll-Rand. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Pavage des rues de Paris, 1924. Compresseuse Ingersoll-Rand. © Jacques Boyer / Roger-Viollet

Le petit pavé piqué

A l’instar du gros pavé, le petit pavé est constitué lui aussi de grès, extrait et posé de la même façon. Mais, il a été ciselé et poli par les ouvriers pour en faire des morceaux plus petits et plus réguliers, permettant un pavage plus soigné. Ils épargnaient ainsi davantage de désagréments aux automobilistes. Par ailleurs, le pavé était pratiquement inusable et particulièrement esthétique.

Pavage de la place François Ier. Paris (VIIIème arrondissement), vers 1930. © Albert Harlingue / Roger-Viollet
Pavage de la place François Ier. Paris (VIIIème arrondissement), vers 1930. © Albert Harlingue / Roger-Viollet
Réfection de la place de la Concorde à l'aide de pavés en grès. Paris (VIIIème arr.), septembre 1941. © LAPI / Roger-Viollet
Réfection de la place de la Concorde à l’aide de pavés en grès. Paris (VIIIème arr.), septembre 1941. © LAPI / Roger-Viollet
Pavage des Champs-Elysées. Paris (VIIIème arr.), janvier 1945. © LAPI / Roger-Viollet
Pavage des Champs-Elysées. Paris (VIIIème arr.), janvier 1945. © LAPI / Roger-Viollet
Pavage d'une rue. Paris, janvier 1977.© Roger-Viollet
Pavage d’une rue. Paris, janvier 1977.© Roger-Viollet

Le macadam

Cette méthode de revêtement permet par couches successives de grosses et plus petites pierres cassées, liées à la glaise et au sable, d’élaborer un empierrement compact (à l’aide d’un rouleau compresseur), légèrement en pente et surélevé, facilitant ainsi l’écoulement de l’eau. Cette disposition assure alors une meilleure longévité des routes. Son étanchéité fut en revanche améliorée par la suite par imprégnation de bitume ou de goudron. Aujourd’hui, le terme est souvent employé à tort pour désigner les “chaussées macadamisées” qui ont été revêtues de béton de goudron (appelé plus couramment, tarmac), puis de béton bitumeux. Mais, cette technique d’empierrement de chaussée n’utilise à l’origine aucun liant à base de goudron ou d’asphalte.

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Empierrement d’une route selon la technique Macadam dans le Maryland en 1823. Au premier plan, concassage de pierres pour obtenir la granulométrie requise. © Carl Rakeman
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Les goudronneurs parisiens posent le macadam par-dessus les pavés. © CNAC/MNAM, Dist. RMN / Adam Rzepka
Goudronneurs, rue de la Cité. Paris (IVème arr.). Photographie de Louis Vert (1865-1924). Paris, musée Carnavalet. © Louis Vert / Musée Carnavalet / Roger-Viollet
Goudronneurs, rue de la Cité. Paris (IVème arr.). Photographie de Louis Vert (1865-1924). Paris, musée Carnavalet. © Louis Vert / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

L’asphalte

Il s’agit d’un revêtement fabriqué dans des centrales à partir de bitume (qui est lui-même un mélange d’hydrocarbures) et de granulats et étalé à chaud manuellement à l’aide d’une palette en bois. Ce matériau vînt progressivement remplacer le pavage en pierre, devenu très coûteux et facteur d’insécurité, notamment après les manifestations de mai 68. L’asphalte était par ailleurs davantage étanche à l’air et à l’eau et ainsi, moins glissant en hiver. En outre, il avait l’avantage d’étouffer sensiblement les nuisances sonores. Utilisé pour revêtir aussi bien les trottoirs parisiens que la chaussée, son utilisation ne se généralisa cependant que très tardivement pour des raisons techniques et commerciales. De nos jours, ce matériau est en quelque sorte l’ancêtre de nos revêtements actuels car on lui a trouvé depuis des remplaçants bien plus résistants.

Ouvriers damant la terre pour l'asphaltage d'une rue. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Ouvriers damant la terre pour l’asphaltage d’une rue. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Réfection des rues. Passage du rouleau pour le lissage de l'asphalte. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Réfection des rues. Passage du rouleau pour le lissage de l’asphalte. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Réfection des rues. Etendage de l'asphalte. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Réfection des rues. Etendage de l’asphalte. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Etendage du bitume sur un trottoir. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Etendage du bitume sur un trottoir. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Réfection des rues. Voiture à bitume. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Réfection des rues. Voiture à bitume. Paris, 1908. © Jacques Boyer / Roger-Viollet
Angle de la rue du Temple, de la rue Meslay et de la place de la République. Travaux de voirie. Paris (IIIème arr.), XXème siècle. Photographie de la Direction de la voirie et des déplacements. Bibliothèque historique de la Ville de Paris.  © Direction de la voirie et des déplacements / BHVP / Roger-Viollet
Angle de la rue du Temple, de la rue Meslay et de la place de la République. Travaux de voirie. Paris (IIIème arr.), XXème siècle. Photographie de la Direction de la voirie et des déplacements. Bibliothèque historique de la Ville de Paris. © Direction de la voirie et des déplacements / BHVP / Roger-Viollet

Aujourd’hui, le béton bitumineux coulé à chaud a très largement remplacé les pavés et autres revêtements utilisés à l’époque (pour ce qui est, notamment, des routes principales à fort trafic), bien que l’on puisse encore en trouver des traces à Paris. A certains endroits, le bitume a été tout simplement étalé par dessus les pavés.

Machine à étaler le bitume sur les chaussées pavées. Paris, vers 1930. © Albert Harlingue / Roger-Viollet
Machine à étaler le bitume sur les chaussées pavées. Paris, vers 1930. © Albert Harlingue / Roger-Viollet

Toutefois, les rues piétonnes du centre ville ont pour la plupart conservé leur pavé d’antan apparent. Et on peut même encore voir des restants de pavés de bois au Château de Versailles ou encore au passage Saint-Maur dans le 11ème. En bref, une longue série d’expériences qui contribue finalement largement au charme à notre capitale !

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