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Aujourd’hui ceinturée par le périph’, Paris fut pendant longtemps entourée d’une enceinte militaire. Derrière cette enceinte, de véritables bidonvilles et autres abris de fortune s’aggloméraient, et étaient occupés, en désespoir de cause, par de pauvres migrants issus principalement de l’exode rural. Immortalisés par des photographes du XIXe et XXe siècles, la « zone » parisienne est aujourd’hui redécouverte par les historiens et rappelle combien la vie à Paris pouvait être brutale, à seulement quelques encablures de l’opulence et de la magnificence haussmannienne…

A l’origine des bidonvilles, un exode rural inédit

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Plan de Paris en 1910. L’enceinte Thiers suit, à peu de choses près, le tracé bleu, autour de la zone rouge.

Lorsque le ministre Adolphe Thiers lance le projet de construire une enceinte, à vocation défensive, en 1841, autour de Paris, la capitale est déjà saturée et ultra congestionnée. La Révolution industrielle, à l’œuvre en France sous la monarchie de Juillet (1830-1848), pousse à l’exode quantité de paysans, d’artisans ruraux vers la capitale : un mouvement de population motivé par les perspectives d’avenir offertes par les industries parisiennes en plein essor.

Très vite, Paris dépasse le millions d’habitants en 1840 (une hausse spectaculaire de 300 000 habitants en 10 ans). L’urbanisation autour du Paris historique se fait galopante.

Atget, porte de Montreuil, 1913, Gallica

Qui plus est, la France vit toujours dans la crainte d’une invasion militaire extérieure et paraît assez vulnérable face à d’hypothétiques attaques ennemies : nous sommes moins de 25 ans après l’occupation russe de Paris, en 1815. C’est pour répondre à ce double constat qu’Adolphe Thiers décida de la construction, à renfort de dizaines de millions de francs, d’une enceinte longue de 34 km.

Une bande de terrain vague de 250 mètres, juste avant la muraille, est déclarée non constructible. Elle devient, au départ, un lieu de promenade pour les parisiens. Buvettes, guinguettes, foires et brocantes s’installent dans des baraquements provisoires. La zone attire aussi les petits industrieux, qui y implantent ateliers et fabriques: les coûts de construction y sont moindres. Mais, dès les années 1850, une tout autre population vint s’installer sur cette portion de terre : les « zoniers »…

Une floraison de baraques de fortune

Agence Rol, Zoniers d’ivry, 1913, Gallica

A l’étroit dans ses murs, la ville ne parvient plus à absorber les nouveaux migrants issus de l’exode rural, tandis que les grands travaux du Paris haussmannien repoussent les populations miséreuses en périphérie. En conséquence, la zone, non constructible à l’origine, se couvre de baraques, cabanes et masures. En 1912, une étude municipale y recense 12 132 constructions et quelques dizaines de milliers d’habitants, essentiellement des migrants récents !

Atget, porte d’Asnières, cité Valmy, 1913, Gallica

Une économie de la débrouille se met en place dans les bidonvilles. Des chiffonniers collectent les ordures qu’il trouvent dans la rue et les revendent à des industriels (notamment des chiffons…). Comble du tragique, on retrouve également, parmi cette population de miséreux, de jeunes enfants. Ceux-ci vivent dans un environnement insalubre, un habitat précaire et sont victimes, plus que les autres enfants de leur classe d’âge, d’une mort précoce.

La « zone » de Paris suscite le scandale et interpellent jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat. Dans ce siècle placé sous le signe du progrès de l’industrie et de la science, la persistance des baraquements, aux portes de Paris, l’un des plus grands pôles économiques du monde, est jugé intolérable par la presse et certains politiques.

Vers la fin de la « zone »

En avril 1919, la zone militaire, définitivement reconnue comme inutile, est déclassée et annexée à Paris. La municipalité se lance dans un grand plan d’urbanisme pour lotir et assainir les portes de la ville. Les anciens bidonvilles et maquis se couvrent de logements HBM (habitat bon marché, l’ancêtre des HLM) et voies aérées.

Cependant, malgré de bons sentiments prévalant à ce plan d’urbanisme, la « zone » devient vite la proie des promoteurs immobiliers, comme en témoigne le sort réservé au maquis de Montmartre… Sans solution de relogement claire proposée aux zoniers, le bidonville continue d’exister dans l’illégalité. Certains zoniers s’organisent même en une « ligue des zoniers » pour faire valoir leur droit et obtiennent même gain de cause, dans les années 1910 : ceux-ci obtiennent une indemnisation suite à la perte de leur modeste logement.

Ce n’est seulement la construction du périphérique, dans les années 70, qui portera le coup de grâce à la zone de Paris…

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Le dernier vestige du maquis de Montmartre…

Crédit photo de Une : Agence Meurisse, La zone à la Porte de Clignancourt , 1928

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