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L'île des Impressionnistes, un havre lyrique au cœur de Chatou

La maison Fournaise
Par Romane Fraysse

Tout le monde connaît le Déjeuner des canotiers, mais peu de personnes savent qu’il a été peint à l’île de Chatou, sur le balcon d’un restaurant qui existe toujours. Celle qu’on surnomme « l’île des impressionnistes » demeure l’un des hauts lieux artistiques de la Belle Epoque, dont le charme perdure sur la terrasse de la maison Fournaise et sur les berges rayonnantes.

Les métamorphoses de l’île

Ancien archipel, l’île de Chatou est formée au XVIIIe siècle par l’aménagement de deux digues : celles-ci servaient alors à améliorer l’efficacité de la machine de Marly, une gigantesque pompe à eaux installée à Bougival. Peu à peu, un hameau se constitue au sein de cette nature encore sauvage, devenant le havre des maraîchers de la région.

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La yole, Auguste Renoir, 1875

C’est avec l’arrivée du chemin de fer, en 1837, que l’île se métamorphose en un vrai lieu de loisirs, réunissant des baigneurs, des canotiers, ainsi que des artistes en quête de nouveaux paysages. Durant plusieurs décennies, des ateliers, guinguettes et hôtels se développent alors sur ces points d’eau rêvés par la bohème parisienne. Parmi eux, la maison Fournaise devient dès 1860 le lieu de rendez-vous des tout jeunes Renoir, Monet, Caillebotte, Morisot et Maupassant : attirés par l’atmosphère festive de la guinguette, ils se font aussi spectateurs des miroitements de l’eau et des scintillements des terrasses : une énergie qui ouvre peu à peu les portes à la peinture moderne.

Au cœur de la Maison Fournaise

C’est en 1857 qu’un certain Alphonse Fournaise s’installe sur l’île de Chatou. Issu d’une famille de mariniers locaux, il se lance lui-même dans les affaires en profitant de la vogue du canotage. Avec sa femme, il décide alors d’ouvrir une petite guinguette-hôtel dans ce lieu stratégique, proche de la voie ferrée et des berges. Quand celle-ci s’occupe de la cuisine traditionnelle et des chambres, lui se consacre à la fabrication de canots et à la préparation de fêtes nautiques. Et cette entreprise familiale ne s’arrête pas là, puisqu’on retrouve également leur fils Alphonse dans la location des bateaux, ainsi que leur fille Alphonsine à l’accueil de la maison.

La Maison Fournaise – © Romane Fraysse

En 1877, un joli balcon en fonte est construit tout autour de la guinguette, donnant une vue imprenable sur la Seine et apportant une touche d’originalité au lieu. La nouvelle génération de peintres et d’écrivains se presse alors à cette nouvelle adresse pleine de charme. Reconnue pour sa beauté, Alphonsine devient le modèle de nombreux artistes, qui la surnomment alors « Madame Papillon ». Elle se prend alors d’amitié pour Maupassant, qui a habité leur hôtel durant un temps. Bien décidé à se consacrer à la littérature, l’écrivain décrit ainsi l’atmosphère particulière de la maison dans sa nouvelle La Femme de Paul : « C’était devant la porte, un tumulte de cris, d’appels, et les grands gaillards en maillot blanc gesticulaient avec des avirons sur l’épaule. Les femmes en claire toilette de printemps, embarquaient avec précaution dans les yoles, et s’asseyant à la barre, disposaient leur robe, tandis que le maître de l’établissement, un fort garçon à barbe rousse, d’une vigueur célèbre, donnait la main aux belles petites en maintenant d’aplomb les frêles embarcations ». L’un de ses poèmes est d’ailleurs affiché dans la salle du restaurant.

Les fresques de la maison Fournier – © Romane Fraysse

Sur la façade, on découvre aussi une réplique de la Baigneuse de Falconnet, ainsi qu’une longue frise sous le bacon représentant une assemblée de personnages brandissant une banderole éloquente : « Prenez garde à la pinture ». Ici, la faute volontaire est un petit clin d’œil des peintres modernes de l’époque, qui s’amusent en prévenant les visiteurs qu’ils risquent d’être éclaboussés par les couleurs. Juste en-dessous, le peintre Maurice Réalier-Dumas, grand habitué du lieu, a également peint quatre panneaux représentant les « Quatre âges de la vie ».

Naissance d’un chef-d’œuvre

Inspiré par la singularité de la maison Fournaise, Renoir vient durant quinze années à Chatou, de 1868 à 1884. Dans une lettre adressée à un ami, celui-ci explique : « J’étais toujours fourré chez Fournaise, j’y trouvais autant de superbes filles à peindre que je pouvais en désirer », ou encore « Vous ne regretterez pas votre voyage, c’est l’endroit le plus joli des alentours de Paris ». Le peintre a d’ailleurs réalisé une trentaine de toiles sur l’île, dont un portrait du fameux propriétaire de la guinguette, et bien sûr, le célèbre Déjeuner des canotiers.

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Le déjeuner des canotiers, Auguste Renoir, 1881

En effet, ce chef-d’œuvre impressionniste a été peint en 1881 sur le fameux balcon de la guinguette. On y retrouve alors un grand nombre d’amis et de modèles du peintre : au premier plan, à gauche, sa future épouse Aline Charigot, devant Alphonse Fournaise. Accoudée à la rambarde, Alphonsine écoute le baron Raoul Barbier, un ami de Renoir, représenté de dos, tandis que le modèle Angèle boit un verre d’eau. A droite, on découvre le peintre Gustave Caillebotte, l’actrice Ellen Andrée, et le journaliste Adrien Maggiolo. Au fond, un petit groupe est constitué du scénariste Eugène-Pierre Lestringuez, de la comédienne Jeanne Samary et d’un autre journaliste dénommé Paul Lhote. D’avril à juillet 1881, Renoir peint ainsi cette scène festive, qui lui permettra surtout d’expérimenter les jeux d’ombre et de lumière avec les touches colorées.

Une histoire qui perdure

Aujourd’hui, la Nouvelle Maison Fournaise vient tout juste d’être rénovée pour faire perdurer le charme bucolique qui a tant plu aux impressionnistes. Sous la direction d’Olivier Maurey et Stéphane d’Aboville, elle présente une carte traditionnelle proche de celle de l’époque, avec l’inconditionnel tartare de bœuf, le risotto crémeux aux courgettes ou la poitrine de cochon grillée aux herbes. Avec sa grande terrasse au bord de l’eau, son célèbre balcon et ses pièces intérieures, le restaurant s’illumine avec de grandes fresques et verrières qui restent fidèles à l’âme du lieu. Encore dotée de ses décors extérieurs, cette belle maison du XIXe siècle est d’ailleurs inscrite aux Monuments Historiques.

La terrasse sur le balcon de la Nouvelle Maison Fournaise – © Romane Fraysse

Juste derrière, le musée Fournaise a quant à lui à cœur de transmettre l’histoire de l’un des berceaux de l’impressionnisme. Sur cinq salles, un parcours immersif nous plonge alors dans l’atmosphère du lieu : par le biais d’hologrammes et de projections audiovisuelles, on rencontre tour à tour Alphonse Fournaise, Auguste Renoir et Alphonsine dans des décors d’époque.

Parcours immersif au musée Fournaise – © Romane Fraysse

Grâce au jeu dynamique de plusieurs acteurs, l’histoire est parcourue au gré d’anecdotes, de boutades et d’analyse de tableaux. En parallèle, quelques toiles de petits maîtres sont exposées, ainsi que des images d’archive et une sculpture de Renoir. Pour poursuivre cette immersion dans le passé de l’île, un casque à réalité virtuelle est également mis à disposition afin de découvrir la maison Fournaise et ses alentours à l’époque des impressionnistes.

Parcours immersif au musée Fournaise – © Romane Fraysse

A quelques pas, l’association Senaqua maintient quant à elle le traditionnel lien entre le canotage et l’île, en restaurant des bateaux de plaisance pour faire des virées sur la Seine. Et si vous souhaitez poursuivre votre balade, un parcours impressionniste vous fait aussi longer les berges à travers plusieurs toiles célèbres de Renoir jusqu’à la pointe, où se trouve un grand parc.

Romane Fraysse

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