Le 23 avril 2020, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon a comparé la pandémie de coronavirus à l’épidémie de peste de 1347. Cette comparaison est-elle historiquement justifiée ? Comment était la vie des Parisiens alors qu’ils affrontaient l’une des pandémies les plus meurtrières de l’Histoire ?

Une ville à l’agonie

1348. Certaines rues de Paris sont jonchées de cadavres. Les Parisiens vivent désormais avec la mort. La ville empeste l’odeur des corps. Les 250 000 habitants qui composent la ville de Paris en ce milieu du XIVe siècle tentent de continuer leurs activités pour gagner leur vie, mais les cloches de Notre-Dame sonnent sans cesse. Pendant 4 ans, les Parisiens devront faire face à la peste noire. 

Les malades viennent mourir à l’Hôtel-Dieu, l’hôpital principal qui se trouve sur l’Île de la Cité. Leur priorité avant de mourir est de recevoir l’Extrême-onction, le sacrement chrétien des mourants, et d’effectuer les rites mortuaires catholiques dans les règles. Mais très vite l’établissement est saturé. Les morts sont transportés sur des chariots de fortune pour être enterrés dans des fosses communes creusées en hâte dans l’enclos du cimetière des Innocents (près de l’actuel quartier des Halles). Mais là encore, au bout de quelques semaines, le cimetière devient insuffisant : on y enterre près de 500 personnes par jour.

On veut brûler les corps, alors on creuse d’immenses fosses dans le cimetière de la Trinité, dans la rue Saint-Denis. On y jette plus de 600 cadavres. Mais le problème est le même, l’espace manque. Jean de Venette, chroniqueur parisien du XIVe siècle, raconte la vie à Paris de 1340 à 1368 : il y dévoile qu’en beaucoup d’endroits, il ne restait que deux habitants sur vingt

La peste d’Elliant – Tableau de Louis Duveau
Cette peinture illustre une épidémie de peste survenue à une date non précisée, mais au Moyen-Âge, à Elliant (Finistère)

Un spectacle macabre

C’est ainsi que les Parisiens en arrivent à assister, deux fois par semaine, au passage de barques transportant des dizaines de cadavres sur la Seine. Ces bateaux viennent du port de la commune de Corbeil, située à une trentaine de kilomètres de Paris. Ils servaient autrefois à transporter le pain fabriqué à Corbeil jusqu’à Paris, tôt le matin. Désormais, leur utilité est d’évacuer les corps hors de la capitale. On appelle ces bateaux des “Corbeillards”. Les Parisiens déformeront le mot en “Corbillard”: voilà d’où vient le mot utilisé pour désigner le véhicule transportant les morts.

La paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois, la plus importante de Paris à l’époque, comptabilise 3116 morts entre avril 1349 et juin 1350 (50 fois plus que lors des années qui précèdent l’arrivée de la peste). En tout, 50 000 à 80 000 personnes meurent à Paris, soit près d’un tiers de la population de la ville selon les estimations les plus lourdes. 

Les symptômes de la peste sont une fièvre brutale, qui provoque soit de la somnolence soit d’intenses crises de délires, mêlées à des maux de tête et des vomissements. Sur le corps du malade apparaît une pustule, qui se nécrose peu à peu. Ses ganglions gonflent et peuvent atteindre la taille d’un oeuf. Les malades décèdent dans les 5 jours qui suivent l’apparition des symptômes. 

Une maladie incomprise

La peste est vraisemblablement originaire d’Asie orientale et est arrivée en France par un navire marchand à Marseille, le 1er novembre 1347. La maladie n’était à l’époque pas comprise et personne ne pouvait affirmer par quoi elle était provoquée ou comment la soigner. La population s’est tournée vers la religion pour trouver une explication : pour beaucoup, la peste était un châtiment divin.

Nombreux sont ceux qui accusèrent les juifs d’empoisonner les puits et de moins mourir de la peste. Des massacres furent perpétrés, le pire étant le « massacre de la Saint-Valentin » le 14 février 1349 à Strasbourg. 2 000 juifs auraient été brûlés ou massacrés ce jour-là selon un chroniqueur (mais le chiffre est probablement exagéré, la ville ne comptait pas plus de 5 000 ou 6 000 habitants).

En quatre ans, la peste noire tuera 30 à 50 % des Européens, soit 25 à 40 millions  de personnes. Aujourd’hui la peste n’a pas disparu, comme en témoigne l’épidémie de 2018 à Madagascar

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Manon Gazin

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