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Le 4 mai 1897, la crème de la haute-société parisienne se presse aux portes du Bazar de la Charité. Parés de leur plus beaux atours, 1200 femmes, hommes et enfants ont répondu à l’appel de ce rendez-vous mondain. À 16h20, l’oeuvre de bienfaisance vire au drame. Un incendie se déclare, les flammes réduisent le lieu en cendre et font 120 victimes, en majorité des femmes prisonnières de leurs lourdes robes.

 

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La douzième édition du Bazar de la Charité bat son plein, la file d’attente s’allonge dans la rue, les grands bourgeois et aristocrates font étalage de leur bienfaisance et l’engouement est à la projection du cinématographe, inventé 4 ans plus tôt par les frères Lumières. Une flamme d’éther chauffe un cylindre de chaux à haute pression. À l’époque, l’imposant projecteur ne fonctionnait pas encore à l’électricité.

L’Incendie

À 16h10, la foule s’amasse devant la projection. Dix minutes plus tard, la réserve d’éther est épuisée. Dans la pénombre le projectionniste tâtonne pour alimenter l’instrument. Son assistant craque une allumette. La minuscule flammèche enflamme les vapeurs d’éther du cinématographe mal isolé. Comme dans une explosion, une nappe de feu embrase la boîte de bois qu’est le Bazar. Un foyer gigantesque hautement combustible de 80 mètres de long sur 13 mètres de large en boiseries du sol au plafond.

Le Figaro de l’époque relate les faits ainsi “les flammes en moins de trois minutes gagnèrent les frises des décors, courant dans les toiles peintes avec la rapidité de la foudre et mettant le feu à tout le bâtiment. Ce fut une panique inimaginable.”

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La brocante se transforme en brasier infernal, les robes, coiffures et chapeaux s’embrasent, le parquet de feu lèche les pieds des misérables, la toile de goudron fond en flaques brûlantes, la charpente de bois s’effondre sur l’assemblée. Le chaos qui règne crée un mouvement de foule qui se précipite sur la sortie bien trop étroite. Très vite des corps piétinés s’empilent. Alertés par les cris d’horreurs les commerçants du quartier se précipitent pour sauver des flammes les blessés et aider les personnes en détresse. À 17h30, les pompiers réussissent à maitriser l’incendie.

Alors que le ciel printanier de Paris se recouvre d’un nuage de cendre noir, les journaux font un constat effrayant. Sur les 120 victimes 7 seulement sont des hommes. Enfin, la plupart des morts ou des blessés ne le sont pas à cause des flammes mais des piétinements.

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“Royal-fuyard”

Les rescapés témoignent de l’effroyable inhumanité qui a guidé l’attitude de certaines personnes et principalement des hommes de la haute société. Ces derniers plus agiles et dépourvus de crinolines, frou-frous et traines ont été les premiers à fuir usant même de violence, piétinant et frappant femmes et enfants sur leur passage, sans porter assistance aux femmes transformées en torche humaine. On peut lire dans un rapport de la préfecture de police que le Duc d’Alençon se serait “servi de sa canne et même d’un stylet ou poignard pour écarter ceux qui entravaient sa fuite.”

Finalement les seuls à avoir fait preuve d’exemplarité morale et de courage, ce sont les hommes du peuple. Ils sont érigés après le drame dans la presse républicaine comme la nouvelle figure du sauveur. Cet évènement marque la déchéance de la classe dominante qui n’ont de l'”honneur” que dans la galanterie. Dans la presse ils sont moqués, accusés de s’être conduits comme de lâches pleutres, des “chevaliers de la frousse”.

D’autres médias défendent les nobles, pour eux la fautive c’est la transformation progressive des moeurs. La confusion entre les deux sexes “émasculerait” les hommes en les empêchant d’être chevaleresque… “Que la femme reste femme et les hommes resteront chevaleresques” peut-on lire dans les journaux.

Sept mois plus tard, le premier journal au monde conçu et dirigé exclusivement par des femmes est fondé par Marguerite Durand : La Fronde.

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