Les 17 années qui ont profondément transformé Paris

Avenue des Champs-Élysées

Paris est aujourd’hui considéré comme l’une des plus belles villes au monde, mais ce n’était pas forcément le cas il y a quelques siècles. Sous la direction d’un homme, le baron Haussmann, la capitale a subi de profondes transformations en un temps quasi-record.

« Donner aux Parisiens de l’eau, de l’air et de l’ombre »

C’est par ces mots que le préfet Rambuteau s’inquiète de la qualité de Paris dans les années 1830. La capitale est alors une ville insalubre et moyenâgeuse, avec de véritables coupe-gorges. Pour le réformateur social Victor Considérant, Paris est, selon lui, « un immense atelier de putréfaction, où la misère, la peste et les maladies travaillent de concert ». En plus d’accueillir une odeur nauséabonde, les rues parisiennes sont trop étroites. Cela complique la circulation de l’air et favorise la multiplication de « miasmes », synonymes de maladies et de mort.

Paris au Moyen-âge

Une représentation de la capitale au Moyen-âge

Face à la concurrence des autres puissances européennes, il faut réagir. C’est donc ce que va faire Napoléon IIIaprès un séjour à Londres en 1848. Impressionné par la modernité et l’hygiène de la capitale anglaise, Napoléon III se tourne vers George Eugène Haussmann, préfet de la Seine, et le charge d’une mission plus que difficile : aérer, unifier et embellir la ville de Paris.

17 ans pour tout changer

Napoléon III et Haussmann

Napoléon III remet à Haussmann le décret d’annexion à Paris des communes telles que Montmartre, Belleville ou Vaugirard

Si le chantier a de quoi inquiéter, Haussmann peut au moins compter sur le soutien de l’empereur et d’une équipe efficace. De Baltard à Belgrand, en passant par Garnier, tous ont pour mission de révolutionner le paysage urbain de Paris.

La révolution commence par le centre de Paris, avec la construction d’un axe nord-sud, reliant le boulevard de Sébastopol au boulevard Saint-Michel. Un axe perpendiculaire est ensuite formé au niveau du Châtelet. Pendant ce temps, on aménage le lieu symbolique des Halles, pour mieux relier la place du Châtelet. L’Île de la Cité subit aussi de gros travaux et l’Hôtel-Dieula caserne de la Cité et le tribunal de commerce remplacent les quartiers médiévaux de l’Île. Pour la rive gauche, on perce notamment la rue des Écoles pour mieux desservir le quartier latin et ses collèges. Plusieurs axes sont aussi construits, à l’image de la rue de Rennes qui devait initialement rejoindre la Seine, mais ce ne sera jamais le cas.

Construction Avenue de l'Opéra

Bâtie à partir de 1876, l’avenue de l’Opéra est l’un des grands projets du Second Empire

Haussmann en profite aussi pour faire construire des monuments emblématiques comme la gare de Lyon en 1855 ou la gare du Nord en 1865. Dans le même temps, Charles Garnier s’affaire à son fameux Opéra… Séduit par les parcs londoniens, Napoléon III confie à l’ingénieur Jean-Charles Alphand la création de plusieurs parcs et bois. Le bois de Boulogne et de Vincennesle parc des Buttes-Chaumont et de Montsouris peuvent ainsi offrir de belles balades au sein de la capitale.

Enfin, l’un des plus gros chantiers concerne la qualité de l’air, de l’eau et l’évacuation des déchets. La loi de 1852 impose le raccordement des immeubles à l’égout et les rues qui n’en ont pas bénéficient heureusement d’un tout nouveau réseau d’égout. Sous la direction de Belgrand, plus de 340 kilomètres d’égouts sont construits entre 1854 et 1870. Un réseau qu’il est aujourd’hui possible de visiter

Pari réussi mais fatal à Haussmann

17 ans après le début des travaux, Paris n’a plus rien à voir avec la ville moyenâgeuse qu’elle était. Malgré le prestige, Haussmann connaît une forte disgrâce en 1870. La faute au coût exorbitant des travaux et aux nombreuses critiques, comme celles de Jules Ferry dans son pamphlet Comptes fantastiques d’Hausmann. Au fil des ans, le préfet a hérité du surnom d’ « Attila », pour avoir causé la destruction de nombreux monuments et de 20 000 maisons.

Boulevard Haussmann 1925

En récompense de son travail, Haussmann se voit attribuer le nom d’un boulevard qui ne sera terminé qu’en 1926, longtemps après sa mort.

Malgré sa destitution, le nom d’Haussmann reste à jamais associé au prestige de Paris. Grâce à ces travaux, la circulation est améliorée, les nouveaux immeubles sont mieux construits et plus fonctionnels et plusieurs épidémies comme le choléra ont disparu. En 17 ans, l’apparence de la capitale a été profondément bouleversée et aujourd’hui, près de 60% de Paris adopte le fameux style haussmannien.

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